Science de la santé

Prévenir les effets indésirables des médicaments

Les interactions médicamenteuses sont une source d’inquiétude constante chez les personnes âgées. Selon une enquête menée en 2008 par Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement et chercheuse au Centre de recherche de l’Institut de gériatrie de l’Université de Montréal, les deux tiers des 2 325 participants de 55 à 97 ans avaient cette préoccupation. Par ailleurs, 90 % des personnes âgées de plus de 65 ans prennent au moins un médicament chaque matin. Nombreuses sont celles qui en prennent plus de six.

Des études ont démontré que les interactions de certains médicaments pouvaient avoir de graves conséquences pour la santé. Sur cette base, la chercheuse a entrepris en 2010 un projet visant à optimiser les soins pharmaceutiques donnés aux personnes âgées afin de prévenir les problèmes associés à ces interactions.

Cara Tannenbaum espère que, sur la base de ses travaux, le Conseil parviendra à développer une stratégie provinciale de gestion des médicaments chez les personnes âgées.
Un premier volet du projet portait sur les ordonnances potentiellement non appropriées (OPNA). Il s’agit de prescriptions de médicaments pour lesquels les risques excéderaient les bénéfices alors qu’il existe des solutions plus sécuritaires pour les problèmes en cause. Malheureusement, de nombreuses personnes âgées consomment des OPNA. Par exemple, on leur prescrit souvent certains somnifères même s’ils augmentent les risques de chutes. Ces dernières peuvent entraîner de longues périodes d’hospitalisation, voire la mort dans 20 % des cas. L’équipe de Cara Tannenbaum a donc mis sur pied un programme d’éducation afin de sensibiliser les personnes âgées à l’importance de mieux gérer leur médication.

Les chercheurs ont privilégié une approche centrée sur le patient, car des études préalables ont démontré que la sensibilisation des médecins et pharmaciens seulement n’était pas efficace. Ils ont envoyé à 250 personnes âgées une brochure expliquant les dangers des somnifères et les façons de les éviter. Les résultats préliminaires démontrent que dans 50 % des cas, les destinataires ont manifesté le désir de changer leurs habitudes de consommation de ce type de médicaments. Des résultats concernant des changements concrets de comportement seront disponibles très bientôt.

Dans le deuxième volet du projet, les chercheurs ont mis au point un outil informatique pour identifier les interactions possibles entre les médicaments. Le logiciel utilisé actuellement par les médecins et les pharmaciens ne permet d’analyser que deux médicaments à la fois. Le nouvel outil fournit une matrice révélant les interactions entre toutes les prescriptions. Une fois cet outil disponible, le praticien pourra minimiser les risques d’effets secondaires liés à des interactions médicamenteuses en éliminant ou en remplaçant des médicaments, ou encore, en espaçant les doses prises par le patient.

L’excellence de ces travaux a été soulignée par l’American Geriatric Society et l’Australian and New Zealand Society for Geriatric Medicine. L’Institut national de santé publique du Québec a aussi mis sur pied le Conseil sur la polypharmacie, auquel participe la chercheure. C’est la première fois qu’une telle initiative gouvernementale est lancée sur le sujet. Cara Tannenbaum espère que, sur la base de ses travaux, le Conseil parviendra à développer une stratégie provinciale de gestion des médicaments chez les personnes âgées.