Sciences sociales et humaines, arts et lettres

Prévenir la violence chez les adolescents en couple

On a parfois du mal à croire que des adolescents puissent faire face à des problèmes de violence dans le couple similaires à celles que connaissent les adultes. En effet, n’habitant pas ensemble et n’ayant donc pas d’obligations l’un envers l’autre, il semble plus facile, pour un couple de jeunes, de tout simplement se séparer en cas de difficultés. Francine Lavoie, de l’Université Laval, a pourtant réalisé, lors de ses travaux de recherche au sein du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles, que les adolescents de 14 à 16 ans qui sont en couple sont eux aussi confrontés à des problèmes de violence psychologique, physique et sexuelle. Comme en témoignent aujourd’hui les cas de cyberintimidation, ces expériences peuvent avoir de graves conséquences sur le bien-être de ces jeunes et peuvent parfois les conduire à la détresse psychologique et à l’isolement.

Les élèves qui ont participé au programme ViRAJ désapprouvent davantage la violence au sein du couple.
Dès 1994, avec l’appui de l’organisme Entraide jeunesse Québec, Francine Lavoie a eu l’idée de développer un programme de prévention de la violence dans les relations amoureuses des jeunes (ViRAJ). Destiné aux élèves de troisième secondaire, ViRAJ comporte deux rencontres d’animation en groupe mixte qui portent sur la vie de couple et qui sont dispensées dans les écoles et les maisons de jeunes. Les thèmes abordés lors des deux séances sont liés au respect, aux droits et à la liberté mis en opposition à la notion de prise de contrôle de l’autre.

Lors de ces rencontres, les adolescents participent à deux types d’activités sous la supervision d’intervenants professionnels et de professeurs que l’on a formés pour ce programme : le théâtre forum et la visualisation. Dans le cadre du théâtre forum, les intervenants jouent de courtes scènes de violence en couple et demandent ensuite au public d’identifier les comportements de violence problématiques. Les adolescents sont ensuite invités à rejouer la scène en tenant compte des changements proposés. L’activité de visualisation consiste, quant à elle, à demander aux adolescents de fermer les yeux et de visualiser une scène de violence racontée par l’animateur. L’objectif est de déclencher une discussion sans avoir à présenter une vidéo qui risquerait de choquer les élèves. Des activités complémentaires, telles que la rédaction d’une lettre ou d’un courriel de soutien à une victime, sont également proposées aux enseignants à l’intention des élèves.

En 2010, Francine Lavoie a mené une nouvelle recherche visant à évaluer ce programme. Les résultats de ses travaux montrent que les élèves qui ont participé au programme ViRAJ désapprouvent davantage la violence au sein du couple. De plus, ce programme serait également efficace auprès des jeunes qui auraient déjà été des victimes ou des agresseurs.

Le ministère de l’Éducation a diffusé le programme ViRAJ dès ses débuts dans l’ensemble des régions du Québec en dispensant des formations à des intervenants et à des enseignants. Le programme a par ailleurs rapidement donné lieu à l’élaboration de programmes analogues à travers la province et même à l’étranger. En effet, des écoles françaises et belges ont adopté le programme dans son intégralité ou en ont repris certains concepts. Après près de 20 ans d’existence, il semble que ses bienfaits et sa pertinence ne soient plus à démontrer et qu’il pourrait s’avérer fort utile dans le contexte actuel de lutte contre la cyberintimidation.