La prévalence du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est particulièrement élevée au Québec par rapport à l’Europe. Puisque l’école constitue la principale porte d’entrée menant à ce diagnostic, une partie de l’explication pourrait-elle se trouver dans les croyances des enseignantes par rapport à ce trouble? Pour le déterminer, Marie-Christine Brault, professeure agrégée au Département de sociologie de l’Université Laval, a comparé le système scolaire du Québec avec celui de la Flandre. En collaboration avec deux chercheuses de l’Université de Gand en Belgique, elle a sondé une centaine d’enseignantes sur ce sujet.

Il apparaît que les enseignantes québécoises considèrent majoritairement le TDAH d’un point de vue biomédical. Elles jugent que ce trouble relève de l’élève lui-même et, pour assurer son bien-être et sa réussite scolaire, elles auront tendance à chercher une solution externe, par exemple un diagnostic ou de la médication, sans nécessairement changer leurs pratiques pédagogiques. Cette vision n’est toutefois pas partagée par leurs collègues flamandes, qui associent davantage le TDAH à un problème lié à l’environnement social de l’enfant. En réfléchissant aux causes des difficultés vécues par l’élève, elles recourent moins souvent à un diagnostic et mettent en place des stratégies d’adaptation dans leur classe.

Les écoles québécoises agissent plutôt comme catalyseur dans le processus de médicalisation du TDAH, elles traitent un comportement non médical par une solution médicale. Le système scolaire n’est pas la seule entité à participer à ce processus : les parents et les professionnels de la santé y contribuent également. L’une des conséquences de cette pratique est d’occulter certaines inégalités sociales en faisant reposer les problèmes de l’enfant sur ses épaules sans chercher à comprendre l’environnement dans lequel il évolue. Marie-Christine Brault invite les enseignantes et les intervenants scolaires à envisager des solutions non médicales pour favoriser la concentration et limiter les comportements dérangeants – par exemple mettre à disposition des activités sensorielles ou permettre à l’élève de travailler dans différentes positions.

Sources :

https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/13634593221093492

https://journals.openedition.org/ries/12438

VIDÉO VULGARISÉE SUR LA MÉDICALISATION DU TDAH : https://www.youtube.com/watch?v=L9FCLW8dwVE