Chercheuse : 
Mercier, Élisabeth

Établissement : 
Université Laval

Année de concours : 
2021-2022

Ce projet de recherche porte sur le slutshaming, c’est-à-dire l’humiliation des femmes sur la base de leur sexualité. Ce phénomène est l’une des premières formes de sexisme que rencontrent les filles et les jeunes femmes au quotidien. En effet, qu’il s’agisse de photographies intimes diffusées en ligne, d’insultes, de moqueries ou de rumeurs propagées : la sexualité est souvent une source de honte, de punition et de stigmatisation dans la vie des filles. Il faut dire qu’elles sont soumises à des normes et des injonctions beaucoup plus sévères que les garçons en matière de sexualité et de respectabilité sexuelle. Or, peu de connaissances ont été produites sur la question du slutshaming et notre compréhension du phénomène demeure limitée. Ce projet propose de combler cette lacune en examinant le slutshaming comme une forme spécifique de violence sexiste, à partir des expériences vécues des principales concernées, et en documentant les pratiques de résistance face à cette violence. Il entend ainsi offrir une compréhension fine du phénomène en éclairant les liens entre le sexisme ordinaire et la violence des normes du genre et de la sexualité, au croisement d’autres rapports sociaux inégaux (classe sociale, ethnicité). Le travail d’analyse critique mené dans le cadre de cette recherche s’emploiera à montrer comment les pratiques quotidiennes de reproduction, de négociation et de résistance liées au slutshaming s’articulent à un contexte normatif plus large.

Les données soumises à l’analyse proviendront 1) d’une série d’entretiens semi-directifs menés avec une vingtaine de jeunes femmes et 2) de différents textes témoignant des pratiques de résistance face au slutshaming. Les résultats contribueront, d’une part, à améliorer notre compréhension du slutshaming et, d’autre part, à faire reconnaître l’expérience et la parole des filles et des jeunes femmes. Réalisée à partir d’un cadre théorique féministe, l’analyse cherchera à saisir le slutshaming dans toute sa complexité et à éclairer les enjeux spécifiques des filles qui sont trop souvent oubliés, notamment dans la recherche sur la violence et l’intimidation chez les jeunes. Elle développera une approche originale permettant de penser les filles non pas uniquement comme les victimes ou les auteures de cette violence mais également comme des agentes capables d’y résister. L’analyse viendra donc explorer les zones d’ombre et interroger les aprioris entourant le slutshaming, à commencer par l’idée que l’humiliation est la conséquence inévitable d’une sexualité jugée excessive ou risquée. Cette recherche apportera ainsi une contribution précieuse aux études féministes, du genre et de la sexualité, en particulier dans le monde francophone où ce genre de phénomène est encore trop peu étudié. En outre, la réflexion critique proposée pourra servir aux acteurs des milieux de pratique afin de mieux saisir les enjeux de pouvoir liés au slutshaming et ne pas en reproduire les effets d’oppression dans leurs interventions. Enfin, cette recherche servira à éclairer le débat public et contribuera à l’avancement de l’égalité entre les hommes et les femmes dans la société, en montrant les différentes manières par lesquelles les normes qui contraignent la sexualité féminine peuvent être vécues, reproduites et contestées.